Cinema-Portrait : John Babu

John Babu est un danseur et chorégraphe du Sud de l’Inde, originaire de Chennai. Sa renommée est nationale : il a travaillé depuis les années 70 avec tous les grands noms du cinéma indien. Il est considéré comme l’un des plus grands chorégraphes dans son pays. L’équipe de LAACI l’a rencontré chez lui, à Chennai, en Février 2017.

  • LAACI : Bonjour John Babu !
  • JOHN BABU : Vanakkam !
  • L : Est ce que John Babu est votre vrai nom ?
  • J.B : A moitié ! Mon nom de famille, « Babu » est mon nom de naissance. Quand j’ai commencé à travailler dans le cinéma, ce nom était très répandu, je cherchais donc un prénom qui sonne bien et qui me démarquerait. John était le prénom de mon « Guru » (celui qui lui a enseigné la danse, ndlr) et j’ai décidé de prendre ce prénom pour lui rendre hommage.
  • L : D’où venez vous ?
  • L.B : Je suis originaire de Madurai mais je suis venu à Chennai avec mes parents à l’âge de 14 ans. Ma famille venait pour le travail et c’est là que j’ai commencé dans l’industrie du cinéma. C’était en 1972. Chennai est la ville où l’histoire du cinéma a débuté en Inde ; encore aujourd’hui, c’est une ville très importante pour l’industrie cinématographique.
  • L : Que faisait vos parents ?
  • J.B : Ils avaient un petit magasin. Ils n’étaient pas danseurs.
  • L : Comment avez vous commencé la danse ?
  • J.B : J’ai toujours était très intéressé et attiré par le monde de la danse et de l’image . Cet intérêt a grandi en arrivant a Chennai. Je travaillais avec mon père et suivais quelques amis qui travaillaient dans le cinéma à leurs cours de danse. Cela m’a beaucoup plu et j’ai essayé. Je suis devenu le plus assidu…J’ai commencé à apprendre tous les styles de danse pour me différencier des autres. On peut dire que c’est en 1979 que j’ai réellement commencé ma carrière. J’ai commencé comme danseur pour le chorégraphe Salim.
  • L : Qu’ont pensé vos parents quand vous avez débuté dans le cinéma ?
  • J.B : Au départ ils étaient un peu inquiets… mais assez rapidement, j’ai pu travailler pour gagner un peu d’argent. Comme je gagnais ma vie, ils ont été rassurés. Ils étaient aussi contents que je travaille avec des gens sérieux et ils voyaient que je travaillais très dur. Un jour j’ai pu avoir un solo dans une des chansons et mes parents sont allés voir le films… et le seul danseur qui était applaudi c’était moi… Donc ils se sont rendus compte que je m’entrainais beaucoup, que j’étais bon dans ce que je faisais et le public suivait ! J’ai commencé un nouveau style de chanson qui allait devenir très en vogue par la suite : les chansons de « séduction », où les danseurs attirent les filles en chantant et dansant ! Ce style a continué pendant les 10 années qui ont suivi.
  • L : Comment avez vous rencontré votre femme ?
  • Elle était danseuse sur le film d’un grand chorégraphe avec qui je travaillais. Je me souviens, dans une journée : je pouvais faire 3 chorégraphies différentes avec différents chorégraphes tellement je travaillais à l’époque ! Les studios étant les uns proches des autres, je passais de plateau de cinéma en plateau : tous les chorégraphes importants du sud de l’Inde faisaient appel à moi. J’ai été le premier à avoir un solo de danse dans un film, ce qui est normalement réservé aux acteurs (John Babu est le seul chorégraphe qui affiche le nombre record de 100 solos, ndlr). J’ai donc rencontré ma femme sur un plateau de cinéma. Elle était danseuse. On a discuté, et on s’est plu, mais il était absolument sûr pour moi qu’il fallait que je pense à ma carrière en premier, que j’ai « un nom » avant de penser à ma vie amoureuse. C’est allé assez vite, car ma carrière a décollée. A ce moment là je me suis « ok, nous pouvons maintenant nous marier ! », et c’est ce que nous avons fait !
  • L : Avez vous une anecdote à nous raconter, qui a marqué votre carrière ?
  • J.B : Mon plus beau souvenir a été de pouvoir faire une chorégraphie pour la légende Sivaji Ganesan. C’était un acteur très connu, j’étais fan de lui. Aujourd’hui encore, je suis très admiratif de cet acteur. Et puis travailler avec autant de gens, dans plusieurs langues, avec autant de personnes connues et reconnues dans l’industrie, ce sont des expériences inoubliables… Par exemple, une de ces chansons de villages que j’ai faite dans les années 80 est encore très connue aujourd’hui. Je suis fier d’avoir participé à ça.
  • L : Comment prenez vous le fait que votre fils, Prashanna Babu soit aussi chorégraphe ?
  • J.B : Mon fils a montré son intérêt pour la danse très tôt. Une fois le lycée terminé, il a commencé comme danseur puis rapidement il a pu être l’assistant de Prabhu Deva (le hasard est que j’étais à mon époque l’assistant du père de Prabhu Deva). Je me suis dit que c’était très bien. Mon fils veut devenir acteur, et je le soutiens complètement dans ce projet. Mais il faut prendre le temps de construire, par étapes ; il est assistant chorégraphe, il s’assure une stabilité professionnelle et quand viendra son heure il sera prêt. Dans tous les cas il faut maintenir son physique et son mental ; toujours travailler dur et rester concentré. Mais son heure viendra.

 

  • L : Quelle est la différence entre l’industrie Kollywood à votre époque et aujourd’hui, à l’époque où votre fils travaille ?
  • J. B : Déjà, c’est une manière différente de travailler pour le tournage : avant, pour certaines chansons, on prenait souvent 5 jours pour la tourner, même parfois 10 ou 15 jours… Aujourd’hui, il faut travailler vite… et toujours mieux… Et puis, le style des chansons a changé : ce qui était très important avant c’était de faire ressentir les émotions, à travers les expressions : c’est la base de la musique traditionnelle du sud de l’Inde. Nous faisions des chansons classiques avec un peu de folk. Dans les années 1978/1979 : les chansons sont devenues beaucoup plus sensuelles et suggestives, et au début des années 80 : une influence mondiale est arrivée en Inde : Mickaël Jackson et sa chanson « Thriller » ! La musique des films a beaucoup été inspirée de ces nouvelles influences, les styles se sont mixés : rap, MC Hammer, musiques traditionnelles… Aujourd’hui, ce sont les médias qui influencent les productions ! On le voit dans le nombre d’émissions autour de la danse (« Danse avec les stars » ndrl) on a l’impression que tout est accessible, qu’on peut devenir danseur ou acteur juste comme ça… Avant on se concentrait surtout sur les expressions quelque soit les pas choisis. A présent, les danseurs sont moins concentrés sur les expressions, les mouvements sont dynamiques mais ils ont moins de sens, ils racontent moins d’histoires…
  • L : Merci John Babu pour cette interview
  • J.B : Merci à vous

 

Photographies : Lucy Winkelmann 

 

 

 

 

 

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